Et elle chantait, sifflait, Mugissait parfois. Excessive, possessive, Un peu tout à la fois.
Mais par dessus tout, Il faut bien que je l'avoue, Elle est impressionnante Cette grande étendue verdoyante Où nombreux sont les noyés Où nombreuses sont les fées.
Chantant, sifflant sur le chemin, De cette terre, chère au coeur, Cet air qu'elle avait enfin Reussi à m'apprendre, dur labeur.
Et par dessus tout, Il faut bien que je l'avoue Elle a fini par m'enchanter Et mon âme avec elle est restée Où nombreux sont les noyés Et dans ses yeux dansent les fées.
Et le vent, sifflant, chantant, Promenait sa main dans tes cheveux Et s'en allait, riant gaiement En te regardant cligner des yeux.
Et par dessus tout, Il faut bien que je l'avoue Rien ne me lassera jamais De cet immense rêve frais Car depuis longtemps je suis parti Et tu es resté à Paris.
Bury all your secrets in my skin
Come away with innocence, and leave me with my sins
The air around me still feels like a cage
And love is just a camouflage for what resembles rage again…
So if you love me, let me go. And run away before I know.
My heart is just too dark to care. I can't destroy what isn't there.
Deliver me into my Fate - If I'm alone I cannot hate
I don't deserve to have you…
My smile was taken long ago / If I can change I hope I never know
I still press your letters to my lips
And cherish them in parts of me that savor every kiss
I couldn't face a life without your light
But all of that was ripped apart… when you refused to fight
So save your breath, I will not hear. I think I made it very clear.
You couldn't hate enough to love. Is that supposed to be enough?
I only wish you weren't my friend. Then I could hurt you in the end.
I never claimed to be a Saint…
My own was banished long ago / It took the Death of Hope to let you go
So Break Yourself Against My Stones
And Spit Your Pity In My Soul
You Never Needed Any Help
You Sold Me Out To Save Yourself
And I Won't Listen To Your Shame
You Ran Away - You're All The Same
Angels Lie To Keep Control…
My Love Was Punished Long Ago
If You Still Care, Don't Ever Let Me Know
If you still care, don't ever let me know…
C'est un passage d'un livre qui m'a vraiment plu et je l'ai recopié ici, pour une amie qui adore la photographie.
J'espère que ça lui plaira.
Photos-chocs
Geneviève Serreau, dans son livre sur Brecht, rappelait cette photographie de Match, où l’in voit une scène d’exécution de
communistes guatémaltèques ; elle notait justement que cette photographie n’est nullement terrible en soi, et que l’horreur vient du de ce que nous la regardons au sein de notre
liberté ; une exposition de Photos-chocs à la galerie d’Orsay, dont fort peu, précisément, réunissent à nous choquer, à paradoxalement donné raison à la remarque de Geneviève Serreau :
il ne suffit pas au photographe de nous signifier l’horreur pour que nous l’éprouvions.
La plupart des photographies rassemblées ici pour nous heurter ne nous font aucun effet, parce que précisément le
photographe s’est trop généreusement substitué à nous dans la formation de son sujet : il a presque toujours surconstruit l’horreur qu’il nous propose, ajoutant au fait, par des contrastes
ou des rapprochements, le langage intentionnel de l’horreur : l’un d’eux, par exemple, place côte à côte une foule de soldats et un champ de tête de morts ; un autre nous présente un
jeune militaire en train de regarder un squelette ; un autre enfin saisit une colonne de condamnés ou de prisonniers au moment où elle croise un troupeau de moutons. Or, aucune de ces
photographies, trop habiles, ne nous atteint. C’est qu’en face d’elle, nous sommes à chaque fois dépossédés de notre jugement : on a frémi pour nous, on a réfléchi pour nous, on a jugé pour
nous ; le photographe ne nous à rien laissé – qu’un simple droit d’acquiescement intellectuel : nous ne sommes liés à ces images que par un intérêt technique : elles n’ont pour
nous aucune histoire, nous ne pouvons plus inventer notre propre accueil à cette nourriture synthétique, déjà parfaitement assimilée par son créateur
D’autres photographes ont voulu nous surprendre, à défaut de nous choquer, mais l’erreur de principe est la même ; ils
se sont efforcés, par exemple, de saisir, avec une grande habilité technique, le moment le plus rare d’un mouvement, sa pointe extrême, le plané d’un joueur de football, le saut d’une sportive ou
la lévitation d’objet dans une maison hantée. Mais ici encore le spectacle, pourtant direct et nullement composé d’élément contrastés, reste trop construit ; la capture de l’instant unique y
apparaît gratuite, trop intentionnelle, issue d’une volonté de langage encombrante, et ces images réussies n’ont sur nous aucun effet ; l’intérêt que nous éprouvons pour elles ne dépasse pas
le temps d’une lecture instantanée : cela ne résonne pas, ne trouble pas, notre accueil se referme trop tôt sur un signe pur ; la lisibilité parfaite de la scène, sa mise en forme nous
dispense de recevoir profondément l’image dans son scandale ; réduite à l’état de pur langage, la photographie ne nous désorganise pas.
Des peintres ont eu à résoudre ce même problème de la pointe, de l’acmé du mouvement, mais ils y ont réussi bien mieux. Les
peintres d’Empire, par exemple, ayant à reproduire des instantanée (cheval se cabrant, Napoléon étendant le bras sur le champ de bataille, etc.) ont laissé au mouvement le signe amplifié de
l’instable, ce que l’on pourrait appeler le numen, le transissement solennel d’une pose pourtant impossible à installer dans le temps ; c’est cette majoration immobile de l’insaisissable –
que l’on appellera plus tard au cinéma photogénie – qui est le lieu même où commence l’art. Le léger scandale de ces chevaux exagérément cabrés, de cet Empereur figé dans un geste impossible, cet
entêtement de l’expression, que l’on pourrait appeler aussi rhétorique, ajoute à la lecture du signe une sorte de gageure troublante, entraînant le lecteur de l’image dans un étonnement moins
intellectuel que visuel, parce que précisément il l’accroche aux surfaces du spectacle, à sa résistance optique, et non tout de suite à sa signification.
La plupart des photos-chocs que l’on nous a montré sont fausses, parce que précisément elles ont choisi un état
intermédiaire entre le fait littéral et le fait majoré : trop intentionnelles pour de la photographie et trop exactes pour de la peinture, elles manquent à la fois le scandale de la lettre
et la vérité de l’art : on a voulu en faire des signes purs sans consentir à donner au moins à ces signes l’ambiguïté, le retard d’une épaisseur. Il est donc logique que les seules
photos-chocs de l’exposition (dont le principe reste très louable) soient précisément les photographies d’agence où le fait surpris éclate dans son entêtement, dans la littéralité, dans
l’évidence même de sa nature obtuse. Les fusillés guatémaltèques, la douleur de la fiancé d’Aduan Malki, le Syrien assassiné, la matraque levée du flic, ces images étonnent parce qu’elles
paraissent à première vue étrangères, calmes presque, inférieures à leur légende : elles sont visuellement diminuées, dépossédées de ce numen que les peintres de composition n’auraient pas
manqué de leur ajouter (et à bon droit, puisqu’il s’agissait de peinture). Privé à la fois de son chant et de son explication, le naturel de ces images oblige le spectateur à une interrogation
violente, l’engage dans la voie d’un jugement qu’il élabore lui-même sans être encombré par la présence démiurgique du photographe. Il s’agit donc bien ici de cette catharsis critique, réclamée
par Brecht, et non plus comme dans le cas de la peinture de sujet, d’une purge émotive : on retrouve peut-être ici les deux catégories de l’épique et du tragique. La photographie littérale
introduit au scandale de l’horreur, non à l’horreur elle-même.
Voila la deuxième partie du texte. Cela s'accompagne de modifications sur la première partie. La suite pour
bientôt.
8h00, seconde sonnerie du réveil. Il arrache, à regrets, son regard de la photo et ouvre l’armoire, seul meuble de la pièce. La porte grince, pourtant, ce bruit l’apaise, le ramène dans sa
réalité, lui permet de revivre avec ses fantômes. Il lui permet d’entendre le rire de son fils lors du reproche de sa femme pour ne pas avoir huilé la porte. Avec un léger sourire il prend le
costume, obligatoire, des travailleurs de la Zone Industrielle Ouest. Un simple pantalon beige, accompagné d’une chemise de la même couleur. Une paire de chaussures, fabriquée spécialement pour
être la plus résistante possible. La même combinaison de travail que trois millions d’habitants de la cité où, dans le dos, était inscrit son numéro. Le 1 91 01 75 025 004 94, qu’il connaissait
maintenant par cœur, comme tous ceux qui habitent le même pays que lui connaissent le leur. En fait, il n’était plus que ce numéro pour tous ceux qui ne le connaissait pas, voire même pour
certains qu’il avait connus. Beaucoup se sont arrangés pour ne plus le connaître lors de l’arrestation de sa femme. Cette solitude, qu’il a eut du mal à accepter, ne le dérange plus maintenant.
Avec un nouveau soupir, il enfile son costume et jette un coup d’œil dans le miroir. Maudit miroir.
En 4 ans de sa nouvelle vie, il n’avait pas vraiment changé, seuls ses habits noirs s’étaient échangés contre le beige obligatoire. Ses traits se sont sans doute un peu tirés, sa peau s’est
naturellement tannée mais dans l’ensemble, rien n’a changé. Peut-être ses cheveux, qui commencent à blanchir sur les tempes. Il n’est pas si vieux pourtant, enfin, il ne lui semble pas. Et
le regard, plus terne, plus triste. Toute lueur semble avoir déserté son regard, sans aucun espoir de retour. En fait, ce reflet le dégoûte. Chaque parcelle de ce qu’il voit, de ce qu’il
est devenu le hérisse. Il détourne les yeux avec un haussement d’épaule. Au final, tout cela est inutile puisque rien ne semble jamais pouvoir changer dans le monde nouveau, dans la société
nouvelle. Pourquoi changer la perfection ?
Il sort alors de sa chambre et prend le sac qui lui sert à ranger ses quelques affaires personnelles. Un stylo, quelques feuilles dénichées dans une corbeille et réutilisables et un parapluie
pliable, rescapé de ses anciennes possessions. Sans doute n’aura-t-il jamais besoin de l’utiliser mais, sait-on jamais, il a lu quelque part que l’espoir faisait vivre.